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Ils ne sont plus que trois, comédiens.

 Seuls, dans un monde dévasté par la guerre. Et malgré tout ils poursuivent leur brillante carrière, en jouant encore et toujours la même pièce, la seule qu'il leur reste:

"La Leçon" d'Eugène Ionesco.


Ils rejouent cette pièce en boucle, comme pour exorciser leurs peurs et leurs
angoisses, et cela commence pour eux par un tirage au sort.


Qui sera "le professeur"? Qui sera "la bonne"? Qui sera "l'élève"?
Lequel décidera de la nouvelle mise-en-scène? Lequel d'entre eux sera tué?...

L'absurdité de la pièce se mêle à l'absurdité de leur existence.


Cette pièce a été présentée au festival Off d'Avignon, édition 2008.



MISE-EN-SCENE: Yves Sauton assisté de Linda Bourmel

DISTRIBUTION: Erwan Alec, Julie Arcq, Christine Eckenschwiller

PARTITON MUSICALE: Pascal Géhan

Quelques points de réflexions sur la mise-en-scène...

Dans la Leçon, Ionesco fait dire au professeur : "Nous ne pouvons être sûr de rien mademoiselle, en ce monde !"
Il n'y a de réalité que celle que nous dessinons !
Il n'y a de sens à la vie que celui que nous admettons !
Mais ceux-ci s'inscrivent dans une vérité qui peut s'effacer d'un revers de la main, car elle s'inscrit dans un temps donné et dans une mémoire collective qui peut basculer à tout moment.
La réalité n'est qu'une apparence qui peut disparaître derrière un nouveau dessein, une nouvelle représentation du monde. La vie n'a que le sens que nous voulons bien lui donner, et c'est à cela que s'amusent nos trois personnages, à construire et déconstruire.
A bâtir et à détruire.


Il y a aussi dans cette pièce une réflexion sur la culture, sur le rôle des artistes, et sur ce constat cruel, que la culture ne sauve pas l'Homme de la barbarie.


De la dérision nait le tragique de la condition humaine.

... Eclairés par les illustrations suivantes :



"Il ne faut pas uniquement intégrer. Il faut aussi désintégrer. C'est ça la vie. C'est ça la philosophie. C'est ça la science. C'est ça le progrès, la civilisation"
     
                                                       
                        
" Ecoutez-moi, Mademoiselle, si vous n'arrivez pas à comprendre profondément ces principes, ces archétipes arithmétiques, vous n'arriverez jamais à faire un travail de polytechnicien. Encore moins ne pourra-t-on vous charger d'un cours à l'ecole polytechnique...ni à la maternelle supérieure. [...]"
                                            
"Si vous émettez plusieurs sons à une vitesse accélérée, ceux-ci s'agriperont les uns aux autres automatiquement, constituant ainsi des syllabes, des mots, à la rigueur des phrases, c'est-à-dire des groupements plus ou moins irrationnels de sons dénués de tous sens, mais justement pour cela capables de se maintenir sans danger à une altitude élevée dans les airs."


ARTICLE DE PRESSE

La Leçon (Avignon)

IONESCO VERSION CARTOON

Un des classiques du « théâtre de l'absurde » nous est donné en version carrément cartoonesque. Il est manifeste que le « non sense » sur quoi repose la démarche de cette oeuvre n'est pas sans ressembler furieusement à celui qui préside à l'esprit des dessins animés américains de la grande période, façon Tex Avery.


L'argument de départ est bien connu : une jeune fille vient chez un professeur pour une leçon particulière. Mais comme l'indique la scène prémonitoire en préambule, cela ne peut que mal finir car c'est bien de meurtre qu'il s'agit, sauf que l'assassinat qui nous est montré dans cette préface clownesque, c'est celui du professeur... à l'inverse donc de ce qu'avait initialement prévu l'auteur.


Le point de vue du metteur en scène Yves Sauton – qui sous son nom d'acteur (Erwan Alec), interprète le professeur – peut-il battre en brèche peu ou prou la vision tragico-grotesque de Ionesco, ou encore y suppléer ? Voilà qui est tout à fait vraisemblable dans le cadre d'une oeuvre dadaïste, limite surréaliste, où la dimension théâtrale n'intervient que pour lui donner sa part d'apparente gratuité, trompeuse, par rapport à la réalité extérieure... Derrière tout cela, il y a, en vérité, mais nous le savions déjà, un regard extrêmement pessismiste sur le devenir humain.

Vanité des connaissances et de la culture...

Sur le plateau du théâtre,  nous sommes en un lieu surréaliste où, comme dans les cartoons hollywoodiens, tout peut arriver, même et surtout l'inattendu et l'improbable... Les gags viennent à point pour ponctuer et renforcer çà et là l'absurdité des situations, des dialogues et surtout du contenu pseudo-pédagogique de cette fameuse leçon. Ils répondent au slapstick verbal du texte.  Ionesco avait déjà traité de l'inanité du discours. Ici, c'est de celle de la culture même dont il est question. Face aux instincts humains, face à l'état de guerre qui règne à l'extérieur, en coulisses, et même aux douleurs d'une banale rage de dents, la culture
est impuissante à changer quoi que ce soit et surtout pas à délivrer l'individu de ses peurs et de ses  pulsions destructrices envers lui même et ses semblables.


Cette conception hautement subversive, irréaliste sinon irréelle,  de la dérisoire condition humaine est magnifiquement mise en évidence par les trois interprètes : Julie Arcq (la bonne), Christine Eckenschwiller (l'élève) et Erwan Alec (le Professeur).  Tous trois se livrent à un véritable marathon théâtral qui, le plus  souvent, force l'admiration.

Henri LÉPINE (Rue du théâtre/La marseillaise)


Les Ateliers d'Amphoux, 10, 12, rue d'Amphoux, Avignon.
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 16h20. 


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